Le Gone du Chaâba, le roman
Dans la classe on parle de la hygiène: (pp.)
M. Grand attend un instant que d’ autres demandent la parole, puis il reformule sa question:
”Avec quoi vous-lavez vous tous les matins?” “M’sieur, M’sieur!” Sifflent toujours les téméraires.
“Jean-Marc,” fait le maitre en le désignant du doigt. Il se lève: “Une serviette et du savon!” ”C’est bien.
Et quoi d’autre?” “Du shampooing!” dit un autre. ”Oui. Quoi d’ autre encore?”
Une idée jaillit dans ma tête. Instinctivement, je lève le doigt au ciel, ignorant les reproches que m’ ont adressés
les cousins il y a quelques minutes. “Azouz!” autorise M. Grand. “M’sieur, on a besoin d’ un chritte et d’ une kaissa!”
“De quoi??!” fait-il, les yeux grands ouverts de stupéfaction. “Un chritte et une kaissa!” dis-je trois fois moins fort
que précédemment, persuadé que quelque chose d’ abnormal est en train de se passer.
“Mais qu’ est-ce que c’ est que ça?” reprend le maitre, amusé. “C’ est quelque chose qu’ on met sur la main pour
se laver…” “Un gant de toilette?” “Je sais pas, m’sieur.” “Comment c’ est fait?”Je lui explique. “C’ est bien ça, dit-il.
C’est un gant de toilette.Et vous, vous dites une kaissa à la maison?” “Oui, m’ sieur. Mais on l’utilise seulement
quand on va aux douches avec ma mère.” “Et un chritte, alors, qu’ est-ce que c’ est?” “Eh ben, M’sieur, c’ est comme
je deviens tout rouge.” “Ca s’ appelle un gant de crin,” conclut-il en souriant. Je rougis un peu mais il m’ encourage:
“C’ est bien de nous avoir appris ça, en tout cas!”
compte qu’ au Chaâba nous étions de très mauvais praticiens, mais je ne le dis pas.
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