fin du poème

PROPHETIE DE JOEL, CH. II.

Continuation des mêmes fléaux.  Conversion des Juifs.  Dieu leur pardonne et les comble de prospérités.  Effusion de l'Esprit-Saint sur toute la terre.  Don de prophétie.  Prédiction de jugement dernier.   Vocation des Elus. Salut des hommes sorti de la montagne de Sion.

Sonnez sur la sainte montagne,
Trompette d'Israël, sonnez.
Qu'un effroi lugubre accompagne
L'affreux signal que vous donnez.
Un peuple ennemi se déchaîne ;
Plus prompt dans sa marche soudaine
Que les premiers feux du soleil.
Jamais il n'en fut de semblable ;
Jamais la terre qu'il accable
N'en verra naître de pareil.

Un tourbillon d'éclairs le guide,
Un vaste embrasement le suit;
Rien n'échappe  à ce feu rapide,
Tout ce qu'il touche il le détruit.
Avant ces flammes étrangères,
Du jardin de nos premiers pères
Nos champs avaient l'aménité ;
Depuis leur funeste passage,
Malheureux Jourdain, ton rivage
N'est qu'un désert inhabité.

Des bois le bruyant incendie,
Le hennissement des coursiers,
Les chars que d'une main hardie
Conduisent de sanglants guerriers,
Les clameurs d'une armée entière,
De cette troupe meurtrière,
N'égale point le bruit perçant ;
Des monts elle franchit le faîte,
En tombe en fureur sur la tête
De l'Hébreu pâle et gémissant.

Le sort incertain des batailles
N'intimide point le courroux
De ces guerriers, dont nos murailles
Eprouvent la force et les coups.
Leur cohorte est inébranlable :
Armure aux traits impénétrable,
Leur écaille émousse les dards ;
Tels que des soldats intrépides,
Ou tels que des larrons avides,
Ils escaladent nos remparts.

La terre et la céleste voûte
A leur aspect ont tressailli :
Le soleil a quitté sa route,
Et les étoiles ont pâli.
Le Seigneur parle à ses armées ;
Par ses cris puissants animées,
Elles répondent  à sa voix.
Il porte aux méchants leur salaire ;
Du jour fatal de sa colère
Qui soutiendra l'horrible poids ?

Il vous dit : rentrez dans ma voie,
Mortels trop longtemps égarés,
Que les maux qu'un Dieu vous envoie,
Par vos remords soient réparés.
Pour le rendre à vos vux facile,
Déchirez d'une main docile
Vos curs, et non vos vêtements :
Ecoutez  ce Dieu qui vous aime,
Et qui daigne gémir lui-même
De ses terribles Jugements.

Qui sait si tant de tristes guerres
Ne fatiguent pas sa bonté,
S'il ne rendra point à nos terres
Leur première fertilité ?
Pour ranimer notre espérance,
Pour hâter ces jours de clémence,
Trompette, appelez Israël:
Que tout gémisse, et que tout tremble ;
Vieillards, enfants, venez ensemble,
Et n'abandonnez  plus l'autel.

Que notre douleur se signale,
Frères, amis, séparez-vous ;
Que de sa couche nuptiale
L'épouse sorte avec l'époux :
Qu'au nom de ma triste patrie,
Le Pontife en pleurant s'écrie,
"Pardonne-nous, Dieu des Hébreux ;
Le Tyran de ton héritage
Dira-t-il pour comble d'outrage ;
Leur Dieu n'est donc plus avec eux ?"

Il le dira : mais ta tendresse
Se réveille  à nos cris touchants ;
Tu nous ramènes l'allégresse,
Les fruits mûrissent dans nos champs.
Ces mots sont sortis de ta bouche :
"O mon peuple, ton sort me touche,
J'ai fini tes afflictions.
Race autrefois si méprisé,
Tu ne seras plus la risée,
Ni l'opprobre des nations."

Ces vils habitants des montagnes
Que l'aquilon rassemblera
Loin de tes fertiles campagnes
Mon souffle les dispersera.
Aux lieux que le soleil dévore,
Ou sous les portes de l'aurore,
Ils périront dans les déserts ;
Et leurs corps sanglants et livides,
De leurs exhalaisons putrides
Infecteront au loin les airs.

Objet de mes vux les plus tendres,
Terre sainte, réjouis-toi ;
Tu renais, tu sors de tes cendres ,
Grâce aux triomphes de ton Roi.
De l'homme esclaves domestiques,
Dans vos pâturages antiques
Retournez, heureux animaux.
De raisins les seps s'enrichissent,
Et les arbres courbés fléchissent
Sous le poids des fruits les plus beaux.

Sion, que ton cur s'abandonne
Aux doux plaisirs que tu me dois ;
Peuples fortunés, je vous donne
Un interprète de mes lois.
Mes bienfaits seront sans mesure :
Vous recevrez  avec  usure
L'eau que vous demandiez en vain :
Vos champs ne seront plus arides,
Et vos pressoirs longtemps vides
Regorgeront d'huile et de vin.

Je remplacerai les années
Dont vous avez perdu les fruits,
Et les saisons abandonnées
Aux insectes que j'ai produits.
Dans la richesse et l'abondance
Vous rendrez grâce à ma puissance,
De mes faveurs rassasiés ;
Mes enfants me seront fidèles,
Et par des disgrâces nouvelles
Ne seront plus humiliés.

Commence, Israël, à connaître
Que toujours j'habite  avec  toi ;
Que je suis ton Seigneur, ton maître,
Qu'il n'en est point d'autre que moi.
Fruit de ma parole accomplie,
Sur toute chair l'Esprit de vie
Répandra ses vives clartés :
Jeunes et vieux, hommes et femmes,
Brûlant de prophétiques flammes,
Annonceront mes vérités.

Dans des visions redoutables
L'avenir  frappera leurs yeux ;
Des prodiges épouvantables
Rempliront la terre et les cieux.
La vapeur dans l'air allumée,
Le feu, le sang, et la fumée
Couvriront l'univers tremblant ;
Et dans un cercle de ténèbres
La lune en ces moments funèbres
Roulera son globe sanglant.

Le soleil perdra sa lumière :
Et tel doit être le signal,
Qui de ma vengeance  dernière
Précédera l'instant fatal.
Mais ma fureur sera sans armes
Pour ceux qui m'offriront leurs larmes,
D'une sainte frayeur saisis.
Jérusalem, tes murs augustes
Seront le refuge des justes,
Et des mortels que j'ai choisis.

                   retour au début