DISCOURS PREMIER,

Tiré du Chapitre VII des Proverbes.

Eloge de la Sagesse.


C'est à vous que je parle, humains, écoutez-moi : (1)
Ecoutez les conseils et d'un père et d'un Roi.
Observez les devoirs que ce Roi vous enseigne ;
Sur vous comme sur lui que la vérité règne.
D'une doctrine impie abjurez les erreurs ; (2)
Ouvrez à la Sagesse et vos yeux et vos curs ;
De l'Etre souverain c'est la fille éternelle :
Hommes simples, mais purs, vous êtes faits pour elle.
Et vous qu'elle recherche, et qui la réprouvez, (3)
Connaissez mieux son prix, ingrats, si vous pouvez.
L'or a moins de valeur (4) ; tous vos désirs ensemble (5)
Ne concevront jamais d'objet que lui ressemble.
Elle inspire aux mortels la crainte du Seigneur, (6)
Déteste le mensonge et tout discours trompeur,
Rend la grandeur modeste, et malgré l'opulence,
Ecarte loin de nous l'orgueil et l'insolence.

   La sagesse est le bras, l'il et l'âme des Rois. (7)
A ses enseignements s'ils conforment leurs lois, (8)
Si par eux la justice est toujours révérée, (9)
Ils sont puissants, chéris, leur mémoire est sacrée.
Un insensé qui règne est un monstre cruel ;
Un sage sur le trône est un présent du ciel.

   O sagesse, ô rayon de la suprême essence,
Que mon cur nuit et jour vers ta clarté s'élance ;
Qu'il y puise ces biens si doux, si précieux (10)
Que nous cherchons en vain des ces terrestres lieux;
Ces biens faits pour l'esclave autant que pour le maître,
Et toujours accordés à qui sait les connaître.
O sagesse, tu veux que mes trop faibles sons
Servent ici d'organes à tes hautes leçons.
Fils des hommes, sa voix m'invite et vous appelle. (11)

   Mes trésors sont ouverts, accourez, vous dit-elle ;
Les fruits de mes jardins ne croissent point ailleurs. (12)
Des mortels dangereux vous offriront les leurs ;
Craignez de vous méprendre ; il est tant de faux sages.
Compagne du Seigneur, j'étais avant les âges. (13)
Je marchais devant lui (14) , quand porté sur les flots,
Il en couvrait la face et parlait au chaos.
Je posais avec lui les fondements du monde ;
Je séparais les cieux des abîmes de l'onde ;
Je conduisais sa main lorsqu'il pesait les airs,
Qu'il décrivait l'enceinte et les bornes des mers,
Qu'il donnait l'équilibre aux fleuves, aux fontaines, (15)
Qu'il élevait les monts (16) , qu'il étendait les plaines, (17)
Qu'il fécondait la terre et qu'il peuplait les eaux ;
J'étais devant ses yeux, j'arrangeais ses travaux. (18)
Quand il dit aux saisons (19) de partager l'année ;
Quand des êtres divers réglant la destinée,
A tout dans la nature il assigna son lieu,
Et que l'homme naquit pour ressembler à Dieu.

   Moi seule du Seigneur je connaissais la voie.
Au milieu des humains, je tressaillais de joie ; (20)
Je les voulais prudents, je les voulais heureux ;
J'aimais à les instruire, et c'étaient là mes jeux.
Ecoutez donc (21) , mortels, la mère la plus tendre.
Profitez des moments où vous pouvez l'entendre ;
Elle exige des soins et des voeux assidus :
Ses bienfaits méprisés (22 ) sont pour jamais perdus.
Que servent les remords que sa fuite nous laisse ?

   Heureux l'homme qui veille aux pieds de la sagesse, (23)
Qui l'écoute en silence, et qui grave en son cur
Les préceptes divins, sources du vrai bonheur.
Celui qui me possède a recouvré la vie : (24)
De plaisirs éternels sa fin sera suivie.
De mes blasphémateurs je briserai l'effort,
Et quiconque me hait n'aime enfin que la mort. (25)
 
 
 
 
 
 

Notes:

  1)  Ecoutez, car je parlerai de choses grandes, et mes lèvres s'ouvriront pour annoncer la justice. v. 6.

  2)  Car ma bouche publiera la vérité, et mes lèvres détesteront l'impiété. v. 7.

  3)  Apprenez, ô imprudents, ce que c'est que la sagesse ; et vous, ô insensés, acquérez l'intelligence du cur. v. 5.

  4)  Recevez les instructions que je vous donne plutôt que l'argent, et la science préférablement à l'or le plus pur. v. 10.

  5)  Car la  sagesse vaut mieux que les perles ; et tout ce qu'on désire ne peut lui être égalé. v. 11.

  6)  La crainte du Seigneur hait le mal : je hais l'insolence et l'orgueil, la voie corrompue et le dérèglement des peuples. v. 13.

  7)  C'est de moi que vient le conseil et tout ce qu'il y a de biens solides : je suis l'intelligence, et la force est à moi. v. 14.

  8)  C'est par moi que les Rois règnent, et que les législateurs ordonnent ce qui est juste. v. 15.

  9)  C'est par moi que les princes commandent, et que tous les puissants rendent justice sur la terre. v. 16.

10)  C'est avec moi que sont les richesses et la gloire, les richesses durables et la justice. v. 18.

11)  O hommes, c'est vous que j'appelle, et ma voix s'adresse aux enfants des hommes. v. 4.

12)  Le fruit que je porte est plus excellent que l'or même le plus fin ; et ce que je produis, que l'argent le plus épure. v. 19.

13)  Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies ; j'étais avant ses ouvrages. v. 22.
       J'ai  reçu la puissance dès le commencement, avant la création de la terre. Ibid. v. 23.

14)  J'étais présente lorsqu'il réglait  les cieux et qu'il renfermait l'abîme dans un cercle. v. 27.
       Lorsqu'il imposait des lois à la mer, afin que les eaux ne passent point leurs bornes, et qu'il posait les fondements de la terre. v. 29.

15)  J'ai été conçue lorsque les abîmes n'étaient point, et avant que les fontaines fussent remplies d'eaux. v. 24.

16)  J'ai été engendrée avant que les montagnes fussent affermies, avant les collines. v. 25.

17)  Le Seigneur n'avait point fait encore la terre, ni les campagnes, ni ce qu'il y a de plus beau dans cette poussière qui forme le monde habitable. v. 26.

18)  J'étais avec lui, et je conduisais l'ouvrage ; chaque jour il mettait en moi ses complaisances, et je me jouais sous ses yeux en tout temps. v. 30.

19)  Lorsqu'il affermissait les nuées au-dessus, et qu'il resserrait avec force les sources de l'abîme. v. 28.

20)  Je me jouais dans la formation de l'univers et de la terre qui est à lui, et mes délices sont avec les enfants de l'homme. v. 31.

21)  Maintenant donc, enfants, écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies. v. 32.

22)  Ecoutez l'instruction, et devenez sages, et ne la rejetez point. v. 33.

23)  Heureux l'homme qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison, et qui se tient près des poteaux de ma maison. v. 34.

24)  Car celui qui me trouve, trouve la vie, et il obtiendra du Seigneur ce qu'il désire. v. 35.

25)  Mais celui qui pèche contre moi se prive lui-même de la vie ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort. v. 36.