ACTE III

SCENE PREMIERE

Iarbe, Madherbal

Iarbe

Non, tu combats en vain l' amour qui me possède :
Une prompte vengeance en est le seul remède.
J' estime tes conseils, j' admire ta vertu ;
Sous le joug, malgré moi, je me sens abattu.
Je vois ce que mon rang me prescrit et m' ordonne :
Un excès de faiblesse est indigne du trône.
Je sais qu' un souverain, un guerrier, tel que moi,
N' est point fait pour céder à la commune loi ;
Qu' il faut, loin de gémir dans un lâche esclavage,
Que sur ses passions il règne avec courage ;
Et qu' un grand coeur, enfin, devrait toujours songer
A vaincre son amour plutôt qu' à le venger.
Sans doute, et de mes feux je dois rougir peut-être ;
Mais la raison nous parle, et l' amour est le maître...
Que sais-je ! La fureur ne peut-elle à son tour,
Dans un coeur outragé succéder à l' amour ?
Ou si je veux en vain surmonter sa puissance,
Du moins l' heureux succès d' une juste vengeance
Adoucira les soins qui troublent mon repos ;
Et c' est toujours un bien que de venger ses maux.

Madherbal

Je vous plains d' autant plus, que votre coeur lui-même,
Seigneur, paraît gémir de sa faiblesse extrême.
Ah ! Si votre âme en vain tâche de se guérir,
Si vos propres malheurs ne servent qu' à l' aigrir,
Brisez avec fierté de rigoureuses chaînes ;
Mais n' intéressez point votre gloire à vos peines...
Les refus de la reine offensent votre honneur !
Ils arment vos sujets ! Non, je ne puis, seigneur,
Dans de pareils transports vous flatter ni vous croire.
Qu' a de commun enfin l' amour avec la gloire ?
Et le refus d' un coeur est-il donc un affront
Qui doive d' un héros faire rougir le front ?
Songez...

Iarbe [l' interrompant]

                    J' aime la reine ; un autre me l' enlève.
Ah ! S' il faut malgré moi que leur hymen s' achève,
Je ne souffrirai pas qu' heureux impunément
Ils insultent ensemble à mon égarement...

[à part]

A quoi me réduis-tu, trop cruelle princesse ?
Tu sais comme mon coeur, tout plein de sa tendresse,
Venait avec transport offrir à tes appas
Un secours nécessaire à tes faibles états ?
J' ai voulu contre tous défendre ton empire,
Et tu veux me forcer, ingrate ! à le détruire.

Madherbal

Eh bien ! Suivez, seigneur, ce courroux éclatant,
Et d' un combat affreux précipitez l' instant.
Baignez-vous dans le sang, frappez votre victime
En amant furieux plus qu' en roi magnanime.
C' est aux dieux maintenant d' être notre soutien.
Je vois, sans en frémir, son danger et le mien.
Avec la même ardeur, avec le même zèle
Que j' ai parlé pour vous, je périrai pour elle ;
Et l' univers peut-être, instruit de ses douleurs,
Condamnera vos feux et plaindra ses malheurs.

Iarbe

Eh ! Que m' importe à moi ce frivole murmure,
Pourvu que ma vengeance efface mon injure !
Non, non, d' une maîtresse adorer les rigueurs,
Ménager son caprice et respecter ses pleurs,
C' est le frivole excès d' une pitié timide,
Et qui n' entra jamais dans le coeur d' un Numide.
J' exciterai, dis-tu, l' horreur de l' univers ?
Eh ! Crois-tu que le dieu qui tonne dans les airs
Souffre sans éclater qu' une femme étrangère
Au sang de Jupiter indignement préfère
Un transfuge échappé des bords du Simoïs,
Qui n' a su ni mourir, ni sauver son pays,
Et qui n' apporte ici, du fond de la Phrygie,
Que les crimes de Troie et les moeurs de l' Asie ?
J' en atteste le dieu dont j' ai reçu le jour,
Ces superbes remparts, témoin de mon amour,
Ces lieux où, dévoré d' une flamme trop vaine,
J' ai moi-même essuyé les refus de ta reine,
Ne me reverront plus que la flamme à la main
Jusque dans ce palais me frayer un chemin.
J' assemblerai, s' il faut, toute l' Ethiopie :
Dans ses déserts brûlants j' armerai la Nubie ;
Des peuples inconnus suivront mes étendards :
Un déluge de feu couvrira vos remparts ;
Et si ce n' est assez pour les réduire en poudre,
Mes cris iront aux cieux, et j' ai pour moi la foudre.

[il sort]

Madherbal

Juste ciel, qui m' entends, écarte ces horreurs ! ...

[apercevant entrer Elise]

Elise vient... sait-elle encor tous nos malheurs ?
 

SCENE 2

Elise, Madherbal

Madherbal

Enfin voici le jour marqué par nos alarmes,
Madame ; c' en est fait, Iarbe court aux armes.
Témoin de la fureur qui dévore ses sens,
Je viens de recevoir ses adieux menaçants ;
Le bruit dans nos remparts va bientôt s' en répandre.

Elise

A de pareils transports la reine a dû s' attendre.
Je courais, sur vos pas, la chercher en ces lieux...

[voyant paroître Didon]

Je la vois... la douleur est peinte dans ses yeux.
 

SCENE 3

Didon, Madherbal, Elise

Didon [à élise]

Ah ! Venez rassurer une amante troublée.
Des guerriers phrygiens l' élite est assemblée,
Leurs prêtres ont déjà fait dresser des autels :
Ils entraînent Enée aux pieds des immortels...
Elise, autour de lui je ne vois que des traîtres.

Elise

Eh quoi ! Soupçonnez-vous la vertu de leurs prêtres ?
Qui sait si par leurs soins les volontés du sort
Avec tous vos projets ne seront pas d' accord ?
Que craignez-vous ?

Didon

                    Je crains ce que leur bouche annonce.
Jamais la vérité ne dicta leur réponse.
Je ne sais, mais mon coeur est pénétré d' effroi...
Et ce moment peut-être est funeste pour moi.

Madherbal

Permettez, au milieu de vos tristes alarmes,
Qu' un zélé serviteur interrompe vos larmes.
Vous devez votre esprit, madame, à d' autres soins :
L' amour a ses moments, l' état a ses besoins.
D' un Africain jaloux vous concevez la rage ;
C' est à nous de songer à prévenir l' orage.
Je n' examine plus si l' hymen d' un grand roi,
Si cent peuples soumis à votre auguste loi,
Vos sujets glorieux étendant leur puissance
Jusqu' aux bords où le Nil semble prendre naissance,
Si l' avantage enfin de donner à vos fils
Jupiter pour aïeul et les dieux pour amis,
D' un éclat si flatteur devaient remplir votre âme,
Ou du moins quelque temps balancer votre flamme.
Avant que votre coeur, pour la dernière fois,
Aux yeux mêmes d' Iarbe eût déclaré son choix,
J' ai cru devoir vous dire en ministre fidèle
Tout ce que m' inspiraient votre gloire et mon zèle ;
Et ce n' est qu' à ce prix qu' un sujet plein d' honneur
doit jamais de son maître accepter la faveur.
Mais si sa volonté ne peut être changée,
N' importe en quels projets son âme est engagée,
Résister trop longtemps, ce serait le trahir :
C' est aux dieux de juger, aux sujets d' obéir.
Ainsi ne pensons plus qu' à la prompte défense
Qui peut de l' ennemi confondre l' espérance.
Bientôt sur ces remparts tous nos chefs rassemblés
Calmeront par mes soins nos citoyens troublés.
En vain contre Didon l' Afrique est conjurée ;
Du peuple et du soldat ma reine est adorée :
Tout peuple est redoutable et tout soldat heureux
Quand il aime ses rois en combattant pour eux.

Elise [à Didon]

Oui, je ne doute point qu' au gré de votre envie
Les Tyriens pour vous ne prodiguent leur vie...
Mais, quoi ! Vous oubliez qu' un téméraire amour
Ose vous menacer jusque dans votre cour !
Je ne le cache point : instruit de cette injure,
Autour de ce palais votre peuple murmure.
Il demande vengeance, et se plaint hautement
Qu' Iarbe dans ces murs vous brave impunément,
Et, si l' on en croyoit les discours de Carthage,
Par votre ordre en ces lieux retenu pour otage...

Didon [l' interrompant]

Le retenir ici ! Qu' ose-t-on proposer ?
De son funeste amour est-ce à moi d' abuser ?
Je sais que des flatteurs les coupables maximes
Du nom de politique honorent de tels crimes ;
Je sais que, trop séduits par de vaines raisons,
Mille fois mes pareils, dans leurs lâches soupçons,
Ont violé le droit des palais et des temples :
La cour de plus d' un prince en offre des exemples ;
Mais un traître jamais ne doit être imité.
Moi, qu' oubliant les lois de l' hospitalité,
D' un roi dans mon palais j' outrage la personne !
Est-ce aux rois d' avilir l' éclat de la couronne,
Nous qui devons donner au reste des humains
L' exemple du respect qu' on doit aux souverains ? ...

[à Madherbal]

Oui, malgré les malheurs où son courroux nous jette,
Allez ; et que ma garde assure sa retraite ;
Que ce prince, à l' abri de toute trahison,
Accable, s' il le peut, mais respecte Didon.
J' aime mieux, au péril d' une guerre barbare,
Que l' univers, témoin du sort qu' on me prépare,
Condamne un vain excès de générosité,
Que s' il me reprochait la moindre lâcheté.

[Madherbal sort]
 

SCENE 4

Didon, Elise

Didon

Ah ! C' est trop retenir ma douleur et mes larmes.
Mon amant peut lui seul dissiper mes alarmes...

[à part]

Qu' il tarde à revenir ! ... et vous, peuples ingrats,
Loin de mes yeux encor retiendrez-vous ses pas ?

Elise [voyant paraître Enée]

Il vient.

Didon [à part]

                    A son aspect que ma crainte redouble !
Tout est perdu pour moi ; je le sens à mon trouble.
 

SCENE 5

Didon, Enée, Elise

Enée [à part, au fond du théâtre, en apercevant Didon, et en voulant s' éloigner]

Dieux ! Je ne croyais pas la rencontrer ici.

Didon [à part]

Approchons... mon destin va donc être éclairci ! ...

[A Enée, en le retenant]

Vous me fuyez, seigneur ?

Enée

                    Malheureuse princesse,
Je ne méritais pas toute votre tendresse.

Didon

Non, je vous aimerai jusqu' au dernier soupir.
Mais que dois-je penser ? Je vous entends gémir...
Vous détournez de moi votre vue égarée...
Ah ! De trop de soupçons mon âme est dévorée...
Seigneur ! ...

Enée

                    Au désespoir je suis abandonné :
Vous voyez des mortels le plus infortuné.
Mon coeur frémit encor de ce qu' il vient d' apprendre.
Dans le camp des Troyens le ciel s' est fait entendre,
Il s' explique, madame, et me réduit au choix
D' être ingrat envers vous ou d' enfreindre ses lois.
Une voix formidable, aux mortels inconnue,
A murmuré longtemps dans le sein de la nue.
Le jour en a pâli, la terre en a tremblé ;
L' autel s' est entr' ouvert, et le prêtre a parlé.
" Etouffe, m' a-t-il dit, une tendresse vaine.
Il ne t' est pas permis de disposer de toi.
Fuis des murs de Carthage ; abandonne la reine.
Le destin pour une autre a réservé ta foi. "
Tout le peuple aussitôt pousse des cris de joie.
Jugez du désespoir où mon âme se noie !
J' ai voulu vainement combattre leurs projets.
On m' oppose du ciel les absolus décrets,
Les champs ausoniens promis à notre audace,
Et l' univers soumis aux héros de ma race;
Dans un repos obscur Enée enseveli,
Ses exploits oubliés, son honneur avili,
Des Troyens fugitifs la fortune incertaine,
De vos propres sujets le mépris et la haine,
Que vous dirai-je enfin ? Accablé de douleur,
Déchiré par l' amour, entraîné par l' honneur...

[il hésite à poursuivre]

Didon

Qu' avez-vous résolu ?

Enée

                    Plaignez plutôt mon âme.
Tout parlait contre vous, tout condamnait ma flamme,
Ma gloire, mes sujets, nos prêtres et mon fils...

Didon [l' interrompant]

N' achevez pas, cruel ! Vous avez tout promis ! ...
Où suis-je ? N' est-ce point un songe qui m' abuse ?
Est-ce vous que j' entends ? Interdite, confuse,
Je sens ma faible voix dans ma bouche expirer.
Est-il bien vrai ? Ce jour va donc nous séparer ?
Qui me consolera dans mes douleurs profondes ?
Mon coeur, mon triste coeur vous suivra sur les ondes ;
Et d' une vaine gloire occupé tout entier,
Au fond de l' univers vous irez m' oublier ! ...
M' oublier ! ... ah ! Cruel ! De quelle affreuse idée
Mon âme en vous perdant se verra possédée !
J' ai tout sacrifié, j' ai tout trahi pour vous.
Je romps la foi jurée à mon premier époux.
Des rois les plus puissants je dédaigne l' hommage ;
J' expose pour vous seul le salut de Carthage.
Je le fais avec joie, et le ciel m' est témoin
Que mon amour voudrait aller encor plus loin...
Hélas ! De notre hymen la pompe est ordonnée.
Je volais dans vos bras, cher et barbare Enée ! ...
Mais, que dis-je ? Ton sort ne dépend plus de toi.
Je t' ai livré mon coeur ; tu m' as donné ta foi.
Les serments font l' hymen, et je suis ton épouse.
Oui, je la suis, Enée !

Enée [à part]

                    O fortune jalouse !
Pouvais-tu m' accabler par de plus rudes coups ? ...

[à Didon]

Ah ! Je suis mille fois plus à plaindre que vous !
Vous régnez en ces lieux ; ce trône est votre ouvrage :
Le ciel n' a point proscrit les remparts de Carthage.
Il les voit s' élever, et ne vous force pas
D' aller de mers en mers chercher d' autres états.
Le soin de gouverner un peuple qui vous aime,
L' éclat et les attraits de la grandeur suprême
Effaceront bientôt une triste amitié
Que nourrissait pour moi votre seule pitié ;
Et moi, jusqu' au tombeau j' aimerai ma princesse :
Mon coeur vers ces climats revolera sans cesse,
Climats trop fortunés où l' on vit sous vos lois !
Hélas ! Si de mon sort j' avais ici le choix,
Bornant à vous aimer le bonheur de ma vie,
Je tiendrais de vos mains un sceptre, une patrie.
Les dieux m' ont envié le seul de leurs bienfaits
aui pouvait réparer tous les maux qu' ils m' ont faits...
Adieu ! Vivez heureuse et régnez dans l' Afrique.

Didon

Ainsi vous remplirez ce décret tyrannique,
Cet oracle fatal, si souvent démenti ?
Mon espoir, mes projets, tout est anéanti ?
Ni l' état déplorable où l' amour m' a réduite,
Ni la mort qui m' attend n' arrêtent votre fuite.
Vous rompez, sans gémir, les liens les plus doux...
Mais pour votre départ quel temps choisissez-vous ?
Nul vaisseau n' ose encor reparaître sur l' onde ;
Voyez ce ciel obscur et cette mer qui gronde ! ...
Ah ! Prince, quand ces murs défendus par Hector,
Quand ce même Ilion subsisterait encor,
Dans les tombeaux de l' onde iriez-vous chercher Troie ?
Attendez que des mers le ciel ouvre la voie ;
Et puisqu' il faut, enfin, vous perdre pour toujours,
Que je vous perde, au moins, sans craindre pour vos jours !

Enée

A vos désirs, aux miens le ciel est inflexible.
Hélas ! Si vous m' aimez, montrez-vous moins sensible.
Obéissez en reine aux volontés du sort.
Rien ne peut des Troyens modérer le transport
Effrayés par l' oracle et pleins d' un nouveau zèle,
Ils volent, dès ce jour, où le ciel les appelle.
Moi-même vainement je voudrais arrêter
des sujets contre moi prompts à se révolter.

[voyant l' altération que son discours porte dans les traits de Didon]

Je les verrais bientôt... mais, quel sombre nuage,
Madame, en ce moment trouble votre visage ?
Vous ne m' écoutez plus, vous détournez les yeux !

Didon

Non, tu n' es point le sang des héros, ni des dieux.
Au milieu des rochers tu reçus la naissance ;
Un monstre des forêts éleva ton enfance,
Et tu n' as rien d' humain que l' art trop dangereux
De séduire une femme et de trahir ses feux.
Dis-moi, qui t' appelait aux bords de la Lybie ?
T' ai-je arraché moi-même au sein de ta patrie ?
Te fais-je abandonner un empire assuré,
Toi qui, dans l' univers, proscrit, désespéré,
Environné partout d' ennemis et d' obstacles,
Serais encor sans moi le jouet des oracles ?
Les immortels, jaloux du soin de ta grandeur,
Menacent tes refus de leur courroux vengeur ? ...
Ah ! Ces présages vains n' ont rien qui m' épouvante :
Il faut d' autres raisons pour convaincre une amante.
Tranquilles dans les cieux, contents de nos autels,
Les dieux s' occupent-ils des amours des mortels ?
Notre coeur est un bien que leur bonté nous laisse ;
Ou si jusques à nous leur majesté s' abaisse,
Ce n' est que pour punir des traîtres comme toi,
Qui d' une faible amante ont abusé la foi.
Crains d' attester encor leur puissance suprême :
Leur foudre ne doit plus gronder que sur toi-même...
Mais tu ne connais point leur austère équité,
Tes dieux sont le parjure et l' infidélité.

Enée

Hélas ! Que vos transports ajoutent à ma peine !
Moi-même je succombe, et mon âme incertaine
Ne saurait soutenir l' état où je vous vois...
Didon ! ...

Didon [l' interrompant]

            Adieu, cruel ! Pour la dernière fois.
Va, cours, vole au milieu des vents et des orages ;
Préfère à mon palais les lieux les plus sauvages ;
Cherche, au prix de tes jours, ces dangereux climats
Où tu ne dois régner qu' après mille combats.
Hélas ! Mon coeur charmé t' offrait dans ces asiles
Un trône aussi brillant et des biens plus tranquilles.
Cependant, tes refus ne peuvent me guérir ;
Mes pleurs et mes regrets, qui n' ont pu t' attendrir,
Loin d' éteindre mes feux, les redoublent encore...
Je devrais te haïr, ingrat ! Et je t' adore.
Oui, tu peux sans amour t' éloigner de ces bords ;
Mais ne crois pas, du moins, me quitter sans remords.
Ton coeur fût-il encor mille fois plus barbare,
Tu donneras des pleurs au jour qui nous sépare ;
Et, du haut de ces murs témoins de mon trépas,
Les feux de mon bûcher vont éclairer tes pas.

[elle veut s' éloigner]

Enée [voulant la retenir]

Ah ! Madame, arrêtez...

Didon [l' interrompant]

                    Ah ! Laisse-moi, perfide !
Enée

Où courez-vous ? Souffrez que la raison vous guide.

Didon

Va, je n' attends de toi ni pitié, ni secours.
Tu veux m' abandonner, que t' importent mes jours ?

Enée

Eh bien ! Malgré les dieux, vous serez obéie...

[Didon sort avec élise]

Enée

Elle fuit... arrêtez... prenons soin de sa vie.

[il fait quelques pas pour suivre Didon]
 

 SCENE 6

Enée, Achate

Achate [arrêtant Enée]

Seigneur, les Phrygiens n' attendent que leur roi.
Partons ; le ciel l' ordonne.

Enée

                    Achate, laisse-moi.
Le ciel n' ordonne pas que je sois un barbare.

il sort

Achate

Que vois-je ? ... quel transport de son âme s' empare ? ...
Courons ; sachons les soins dont il est combattu...
Dieux ! Faut-il que l' amour surmonte la vertu !
 

                    Fin du troisième acte